The Strokes prennent le contre-pied de leur propre héritage
Attendu depuis six ans, Reality Awaits marque le retour discographique de The Strokes après The New Abnormal, salué en 2020. Plutôt que de capitaliser sur la formule qui a fait leur succès depuis Is This It, Julian Casablancas et ses partenaires choisissent cette fois d'ouvrir un nouveau chapitre de leur carrière. Une décision qui ne laisse personne indifférent.
À la production, Rick Rubin retrouve le quintette new-yorkais et accompagne cette évolution sonore. Les guitares acérées de Nick Valensi et Albert Hammond Jr. demeurent au cœur des compositions, mais elles se mêlent désormais à des synthétiseurs omniprésents, des textures électroniques et une utilisation très marquée de l'Auto-Tune sur la voix de Julian Casablancas. Ce traitement vocal, déjà exploré dans les projets parallèles du chanteur, constitue l'un des choix artistiques les plus commentés de l'album.
Sur le plan des textes, Reality Awaits délaisse les récits plus personnels pour s'intéresser aux contradictions du monde contemporain. Consommation, solitude numérique, vieillissement ou perte de repères traversent les neuf morceaux du disque. Des titres comme Going Shopping, Dine N'Dash ou Lonely in the Future illustrent cette volonté de conjuguer mélodies accrocheuses et regard critique sur notre époque.
Un album qui divise déjà les fans... et la critique
Rarement un album de The Strokes aura suscité autant de réactions dès sa sortie. Si une partie de la critique salue la capacité du groupe à sortir de sa zone de confort et à éviter toute nostalgie, d'autres regrettent une production jugée trop chargée, où l'Auto-Tune prend parfois le pas sur l'énergie brute qui avait fait la réputation du groupe au début des années 2000.
Cette polarisation se retrouve également chez les fans. Certains voient dans Reality Awaits une évolution logique, nourrie par les influences plus expérimentales de Julian Casablancas, tandis que d'autres auraient préféré retrouver le rock direct et nerveux des premiers albums. Malgré ces divergences, beaucoup s'accordent sur un point : The Strokes refusent de vivre sur leurs acquis et continuent d'avancer sans chercher à reproduire leurs plus grands succès.
Avec Reality Awaits, The Strokes livrent sans doute leur album le plus audacieux depuis plusieurs années. Imparfait pour certains, fascinant pour d'autres, ce septième opus confirme surtout qu'après plus d'un quart de siècle de carrière, le groupe new-yorkais préfère encore surprendre plutôt que céder à la facilité. Une prise de risque qui devrait continuer d'alimenter les débats parmi les amateurs de rock indépendant dans les mois à venir.